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    Un ami du voyageur décida de passer quelques semaines dans un monastère au Népal. Un après midi, il entra dans l’un des nombreux temples et il y vit un moine qui souriait, assis sur l’autel.

    - Pourquoi souriez-vous ? Lui demanda-t-il.

    - Parce que je comprends ce que signifient les bananes », répondit le moine, ouvrant son sac et en sortant une banane toute pourrie ; « Celle-ci, c’est la vie qui s’en est allée, que l’on n’a pas saisie au bon moment ; désormais il est trop tard. »

    Ensuite, il retira de son sac une banane encore verte. Il la montra à l’homme, puis la remit à sa place.

    « Celle-là, c’est la vie qui n’est pas encore advenue, il faut attendre le bon moment », ajouta-t-il.

    Enfin, il prit une banane mure, dont il enleva la peau, et la partagea avec l’ami du voyageur en disant :

    « Voici le moment présent. Sachez le vivre sans crainte. »

     

     

                                                                                           Paulo COELHO

     

     

     

     


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    Pour arriver dans cette terre
    Passez par l'Escalier de verre.
    Alors quittez vos lourds sabots,
    Le verre est fin, les pieds sont gros.
    Je suis allée dans un pays
    Où l'on attelait les fourmis.
    Je suis entrée dans les maisons
    Où l'on y sucrait les jambons.
    Je suis allée
     à l'écurie
    On y déployait un tapis ;
    La lune brillait tout le jour,
    Le soleil était dans le four.
    Le pain cuisait à la fontaine
    Et les hommes filaient la laine.
    Le feu pleurait des larmes d'eau,
    La fermière plumait un veau.
    Le vin coulait à l'abreuvoir
    Et l'eau ruisselait du pressoir.
    Les vaches paissaient les nuages
    Et tous les enfants étaient sages.
    Les loups berçaient les nourrissons
    Et leur murmuraient des chansons.
    Les renards allaient à confesse
    Et le lutin chantait la messe.
    L'église dansait la polka
    Et les maisons la mazurka.
    Alors pour quitter cette terre
    J’ai repris l'Escalier de verre
    J'ai dit à tous ceux que j'ai vu
    Et personne, alors, ne m'a crue

    Mais si vous voulez tout savoir
    Fermez les yeux, allez-y voir.
    Je prends la clé et je la serre
    Au bas de l'Escalier de verre.
    Celui qui la retrouvera
    Mon petit conte achèvera.
    Personne n'a trouvé la clé.
    Cric ! Crac ! Mon conte est achevé.
     

     
     
                                                                                                                 
                                                                             Louisa PAULIN
      
       
           
     

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      (c) Ptitsa 

     

     

     

    "Il marchait avec lenteur, absorbé par la réalisation de ses projets, précédé de son bâton de nuit. 

    Il visita ainsi les oeuvres abandonnées par ses frères, les retourna de fond en comble, en chassa les ornements puis, lorsqu'il eut arpenté son domaine, il s'assit au pied d'un grand tilleul solitaire, sur le sommet d'une colline, distribua les tours de garde parmi sa meute de renards blancs et demeura longtemps immobile avant de saluer sa mère.

     

    - Madame, dit-il en mesurant ses paroles, je viens avec des intentions de paix et de repos. L'heure des jeux fous et des conquêtes joyeuses, sous les feux du ciel illuminé, est achevée. J'apporte le ravage nécessaire du froid sans lequel mes frères ne reparaîtront pas. Ils ont dévoré leur vie, brûlé leurs énergies. Il m'appartient de les reconstituer. Mais aujourd'hui, la seule chaleur subsiste au fond des germes, dans la douceur des contraires réconcilés. C'est là qu'il faut descendre se réchauffer. C'est au magasin de ma blancheur qu'on trouvera provision de toutes les couleurs.

     

    Une flamme émue rougissait son visage et disparaissait sous l'épaisseur de son manteau de glace. Ses mains s'attardèrent sur les lourds plis de drap qui s'entrouvrirent avec un grincement de vieille armoire. 

     

    - Vous étiez attendue!, murmura-t-il.

     

    Une caverne profonde habitait l'intérieur d'Hiver et une cacophonie rieuse invita la Terre à descendre. Ce qu'elle découvrit la saisit d'étonnement.

    Tous les animaux, toutes les plantes chassés par le froid avaient trouvé refuge ici et se mêlaient parmi des roches transparentes, dans une société où il n'y avait plus ni prédateurs, ni proies.

     

    - Madame, je vous présente mes petits protégés, expliqua Hiver à sa mère. Ce sont les étincelles de ma nuit.

     

    Ses yeux profonds brillaient dans la pénombre qui enveloppait ses songes et il ajouta, d'une voix où rayonnait l'espérance :

     

    - Je suis le gardien de ce qui n'existe pas encore."

     

     

     

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    Un récit somptueux dont j'ai savouré chaque phrase et découvert l'auteur. Je possède de nombreux titres de cette collection dont chaque volume est un petit bijou de prose et d'illustration...
     
     

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    Un Maître reçut un jour la visite d’un jeune homme qui voulait devenir son disciple.

     

     

    L’enseignement commença donc, et voici quelle fut la première leçon. Le Maître dit au disciple :

    « Va te promener dans le cimetière et insulte les morts ; écoute bien ce qu’ils te répondront et tu reviendras ensuite me faire un rapport. »

    Le jeune homme, obéissant, va au cimetière et commence à marcher parmi les tombes en proférant des horreurs : jamais les morts d’un cimetière n’avaient rien entendu de pareil ! Bientôt, à court d’inspiration, il s’arrête pour écouter la réponse : rien. De retour auprès du Maître, il dut avouer que ses injures n’avaient eu aucun effet, les morts n’avaient pas réagi.

     

     

    « Ah, dit le Maître, peut-être qu’ils ont pensé que tes injures ne méritaient pas de réponse. Tu vas retourner au cimetière, mais cette fois, tu devras faire leur éloge. Là, certainement, ils te répondront. »

    Le jeune homme retourne au cimetière, change de ton et tient aux morts les discours les plus flatteurs. Mais à nouveau, rien, le silence…

       

     

    Vraiment très déçu, et se sentant coupable de ne pas avoir été assez éloquent, le jeune homme revient chez son Maître :

    « Là encore ils n’ont pas réagi », dit-il.

    Le Maître le regarda en souriant et répondit :

    « Eh bien, apprends que tu dois être comme eux : qu’on te blâme ou qu’on te loue, cela ne doit pas te toucher, ne réponds pas."

     

     

                                                                            Omraam Mikhaël AÏVANHOV

     

     

     


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    Un soir d’automne, le brouillard épais masque presque entièrement la rivière Saïtama. Un moine et un jeune novice s’apprêtent à la traverser sur une barque légère. Les flots sont jaunes et tumultueux, un vent violent s’est levé :

    "Maître, je sais bien que l’on nous attend au monastère de Rishiko, mais ne serait-il pas prudent de remettre notre visite à demain ? Nous pourrions manger une boulette de riz, et dormir dans la hutte de branchages que j’aperçois là-bas.
    - … "
      
     
    Son maître gardant le silence, Kasuku se résigne à embarquer, et commence à ramer. On ne voit de l’autre rive qu’une ligne sombre perdue dans le brouillard.
    " Maître, la rivière est large et le vent qui souffle par le travers nous empêche d’avancer à notre gré.
    - … "
     
     
    Une dizaine de minutes s’écoulent, qui semblent une heure à Kasuku. Il rame en silence, le cœur inquiet. Soudain, lâchant les rames, il se dresse, le bras levé :
    "Maître, Maître ! Regardez cette barque qui émerge du brouillard, elle vient droit sur nous!
    - …
    - Maître, elle va nous heurter, nous éventrer, nous allons chavirer. Ohé, du pilote! Oh, oh, du pilote! Si je tenais celui qui gouverne cette embarcation, je lui assénerais un bon coup de bâton qui lui ôterait l’envie de mettre en danger de saints hommes comme nous …
    - …
    - Maître, voyez la barque approche, elle va nous éperonner de sa proue effilée. J’aperçois maintenant le pilote, ce timonier assassin dort paisiblement !
    - …
    - Maître, la barque est tout près ! Par Brahma ! Que ce pilote criminel soit maudit, que le cycle de ses renaissances s’étende sur un million d’années, qu’il soit chacal, hyène, rat, punaise…
    À l’instant du choc, un remous opportun, ou une manœuvre habile du maître, écarte le danger, et les deux barques indemnes poursuivent leur chemin.
    - Tu as observé l’intérieur de la barque Kasuku ? demanda le moine zen.
    - Oui, Maître. La forme que je prenais pour un homme était un sac de grains.
    - Dis-moi, Kasuku, contre qui t’es-tu emporté ?... "
     
     
       
     
     
         

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